Martine Storti

Au liban on les appelles les déplacé-es

Les femmes syriennes et palestiniennes réfugiées au Liban, victimes et actrices, enfermées dans la tradition et en rupture forcée avec elle. Au Liban, on les appelle plutôt les « déplacé-es » Toute de noir vêtue, seul son visage est visible, visage fin, fatigué, traits tirés, mais je vois bien qu’elle est jeune, très jeune même, 17 ans, peut-être 18, et dans ses bras un enfant auquel je ne donne pas plus de quelques jours, elle mendie avec son nouveau né dans une rue de Beyrouth, une mendiante parmi d’autres mendiants, c’est l’une des premières choses que l’on vous dit à propos des réfugiés syriens lorsque vous arrivez à Beyrouth, « maintenant il y a de la mendicité » (mais je verrai moins de mendiants dans les rues de la capitale libanaise que dans celles de Paris). Je ne saurai jamais comment cette jeune femme est arrivée à Beyrouth ni comment elle y vit, juste savoir qu’elle est l’une parmi plus d’un million d’autres. Un million, (peut-être même est-ce davantage),...

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Novembre 2013 : Au Liban on les appelle les déplacé-es

Les femmes syriennes et palestiniennes réfugiées au Liban, victimes et actrices, enfermées dans la tradition et en rupture forcée avec elle.     Au Liban, on les appelle plutôt les « déplacé-es »   Toute de noir vêtue, seul son visage est visible, visage fin, fatigué, traits tirés, mais je vois bien qu’elle est jeune, très jeune même, 17 ans, peut-être 18, et dans ses bras un enfant auquel je ne donne pas plus de quelques jours, elle mendie avec son nouveau né dans une rue de Beyrouth, une mendiante parmi d’autres mendiants, c’est l’une des premières choses que l’on vous dit à propos des réfugiés syriens lorsque vous arrivez à Beyrouth, « maintenant il y a de la mendicité » (mais je verrai moins de mendiants dans les rues de la capitale libanaise que dans celles de Paris).   Je ne saurai jamais comment cette jeune femme est arrivée à Beyrouth ni comment elle y vit, juste savoir qu’elle est l’une parmi plus d’un million d’autres. Un million,...

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Univers-elles

Avant propos à la publication des actes du colloque Le féminisme à l'épreuve des mutations géopolitiques Vais-je dire qu’en tenant à Paris, au début du mois de décembre 2010, un congrès international sous le titre « Le féminisme à l’épreuve des mutations géopolitiques » nous savions qu’aux mutations géopolitiques déjà réalisées et bien visibles, d’autres, peu de temps après, allaient s’ajouter ? Non, je n’aurai pas cette audace. J’aurai cependant celle d’affirmer que la problématique énoncée, les interventions et les débats qui eurent lieu durant ce congrès auquel participèrent plus de 600 personnes, étaient en phase avec ce qui allait surgir bientôt en Tunisie d’abord, dans les derniers jours de décembre, puis faire son chemin en 2011 en Egypte, et dans d’autres pays arabes.    « Nous », c’est-à-dire des femmes du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest avons affirmé que les mensonges de l’universel ne devaient pas conduire à son abandon et qu’en réponse aux marquages et aux instrumentalisations identitaires de...

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Le masculin ne l’emportera pas au paradis Octobre 2013

Le masculin ne l’emportera pas (au paradis !) Article publié dans la revue La Faute à Rousseau, octobre 2013

En ce temps-là, on ne parlait pas de genre. Le mot était certes utilisé mais peu dans l’acception qui aujourd’hui agite tant certains esprits. On le trouvait, par exemple, dans la chute si terrible et drôle à la fois d’Un amour de Swann : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! »
Ou encore dans cette expression « avoir mauvais genre », sans qu’il soit alors vraiment précisé ce que « mauvais » signifiait. Et encore évidemment dans la grammaire qui distinguait le genre masculin et le genre féminin et qui décidait : le masculin l’emporte. Ce qui continue, hélas !

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Les patins à roulettes. Octobre 2011

Les patins à roulettes Revue La faute à Rousseau. Octobre 2011

Moi aussi j’avais des patins à roulettes. Mais ils n’avaient pas la séduction des siens. Les miens, avec leurs quatre roues métalliques, étaient bruyants, lourds, lents, vulgaires. Lui, quand il s’élançait sur ses patins à trois roues recouvertes de caoutchouc, était léger, délicat, aérien.
Le luxe, la richesse, pour la fillette que j’étais dans les années cinquante, s’incarnaient d’abord dans ces patins à trois roues caoutchoutées avec lesquels s’amusait mon cousin germain. Pour mes parents la richesse passait plutôt par ces objets qu’ils n’avaient pas encore mais auraient plus tard – le frigidaire, le pick-up, la télévision, la machine à laver – et surtout par ces possessions qu’ils n’auraient jamais : la Cadillac, le grand pavillon en meulière, les meubles anciens, les bijoux, la villa sur la Côte d’azur, le manoir en Sologne…
De ces objets et possessions, eux les patrons, c’est-à-dire mon oncle et ma tante, en jouissaient sans songer un instant à les partager avec ceux qui étaient restés ouvriers, c’est-à-dire mes parents.

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Lampedusa : de pire en pire

Lampedusa : j’y suis allée en 2006, lorsque j’écrivais L’arrivée de mon père en France, déjà et depuis des longtemps, les naufrages, les morts, les larmes de crocodile… 2013, sept ans plus tard, rien n’a changé, pardon, si cela a empiré !

Ci dessous un extrait de « L’arrivée de mon père en France »

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