Catégorie Enfance, Italie, famille

Dans ces pages, des articles qui renvoient à ma part italienne, celle qui me vient de mon père, et à l’enfance

Les patins à roulettes. Octobre 2011

Les patins à roulettes Revue La faute à Rousseau. Octobre 2011

Moi aussi j’avais des patins à roulettes. Mais ils n’avaient pas la séduction des siens. Les miens, avec leurs quatre roues métalliques, étaient bruyants, lourds, lents, vulgaires. Lui, quand il s’élançait sur ses patins à trois roues recouvertes de caoutchouc, était léger, délicat, aérien.
Le luxe, la richesse, pour la fillette que j’étais dans les années cinquante, s’incarnaient d’abord dans ces patins à trois roues caoutchoutées avec lesquels s’amusait mon cousin germain. Pour mes parents la richesse passait plutôt par ces objets qu’ils n’avaient pas encore mais auraient plus tard – le frigidaire, le pick-up, la télévision, la machine à laver – et surtout par ces possessions qu’ils n’auraient jamais : la Cadillac, le grand pavillon en meulière, les meubles anciens, les bijoux, la villa sur la Côte d’azur, le manoir en Sologne…
De ces objets et possessions, eux les patrons, c’est-à-dire mon oncle et ma tante, en jouissaient sans songer un instant à les partager avec ceux qui étaient restés ouvriers, c’est-à-dire mes parents.

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A la recherche d’une histoire perdue 2012

Ce texte « A la recherche d’une histoire perdue » figure dans le livre Archives familiales: modes d’emploi, Véronique Montémont et Catherine Viollet, Academia L’Harmattan Fév 2013

« Genèse autobiographique et collecte des traces ». Mais comment faire quand il n’y a pas de « traces » ou très peu, pas ou peu de traces matérielles, ou mémorielles, pas ou peu de récit ?
La vie sans archives, sans traces, telle est pour moi la marque de l’exil. L’exilé part souvent le coeur serré et les mains vides, avec lui quelques vêtements, parfois, quelques objets, un médaillon, une photo, quelque chose qui lui appartient en propre, qui lui permet, même en exil, de ne pas être dans le dépouillement de tout, dans l’absence de sa vie d’avant.

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Un soir à Sarzane, 2008

Un soir à Sarzane A Pise il pleuvait. Mais en arrivant à Sarzane, dans l’après-midi de ce 5 juin 2008, le soleil fit son apparition. Un soleil agréable, bienveillant, avec juste ce qu’il faut de chaleur pour flâner dans les ruelles de la si charmante bourgade, pour s’offrir une glace au café Costituzionale, pour regarder les enfants courir sur la place Matteotti. Cette place, j’allais la retrouver un peu plus tard, à la tombée du jour, et pour la première fois pénétrer dans la mairie et même dans la  sala del consiglio, lambris, plafond peint, portraits des gloires sarzanaises, et ces personnes inconnues, jeunes et moins jeunes, femmes et hommes, gens de Sarzane, venus là, dans le cadre de la semaine Libri per  strada… Venus pour quoi exactement ? Pour m’entendre parler d’un livre qu’ils n’ont pas lu, puisque pas traduit en italien, de ce que ce livre dit de Sarzane, de ce qu’une fille dit de son père, son père l’italien parti de là au...

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