Martine Storti

De l’usage idéologique du mot néo-féministe

Le mot « néo-féminisme » a le vent en poupe. Désigne-t-il les jeunes féministes, pour les distinguer de leurs ancêtres du MLF ? Pas seulement. Et même plutôt pas. Ce terme, souvent utilisé notamment par Le Figaro, Causeur, Valeurs actuelles, La revue des deux mondes a une fonction idéologique. Il sert moins à exprimer un désaccord qu’à nommer le féminisme ou les féministes qui ne conviennent pas, ou qui ne sont pas convenables. Il est un outil de disqualification plurielle.

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Le féminisme au-delà des féministes

Article paru dans l’Humanité daté du 8 mars 2018 dans le dossier Le mouvement #MeToo fait-il date dans le combat féministe?

Que se passe-t-il depuis cinq mois, à quoi assistons-nous, à quoi participons-nous ? À une dénonciation du harcèlement sexuel, des violences contre les femmes, du viol ? Oui bien sûr. Est-ce nouveau ? Non.

Dans les années MLF du siècle précédent, ces thématiques ont donné lieu à bien des écrits, des actions, des manifestations. Et, dans les décennies suivantes, elles ont continué à être à l’ordre du jour du mouvement féministe. J’ajoute qu’en ces divers moments les accusations lues et entendues depuis octobre dernier étaient déjà formulées, assénées, balancées : délation, moralisme, puritanisme, guerre des sexes et/ou annulation de leur différence, émasculation des hommes, fin de la séduction, autant de rengaines qui traversent décennies et même siècles à chaque épisode de l’émancipation des femmes, à chaque progrès de leurs droits. Et même l’accusation de racisme, entendue à l’automne dernier à propos de la dénonciation du harcèlement de rue, était aussi en vogue lors des luttes contre le viol au mitan des années 1970.

Alors qu’est-ce qui est nouveau ? Ou plutôt important, et peut-être décisif dans les diverses campagnes #Metoo ou #Balancetonporc ? Au moins deux choses. (suite…)