Martine Storti

Le féminisme au-delà des féministes

Article paru dans l’Humanité daté du 8 mars 2018 dans le dossier Le mouvement #MeToo fait-il date dans le combat féministe?

Que se passe-t-il depuis cinq mois, à quoi assistons-nous, à quoi participons-nous ? À une dénonciation du harcèlement sexuel, des violences contre les femmes, du viol ? Oui bien sûr. Est-ce nouveau ? Non.

Dans les années MLF du siècle précédent, ces thématiques ont donné lieu à bien des écrits, des actions, des manifestations. Et, dans les décennies suivantes, elles ont continué à être à l’ordre du jour du mouvement féministe. J’ajoute qu’en ces divers moments les accusations lues et entendues depuis octobre dernier étaient déjà formulées, assénées, balancées : délation, moralisme, puritanisme, guerre des sexes et/ou annulation de leur différence, émasculation des hommes, fin de la séduction, autant de rengaines qui traversent décennies et même siècles à chaque épisode de l’émancipation des femmes, à chaque progrès de leurs droits. Et même l’accusation de racisme, entendue à l’automne dernier à propos de la dénonciation du harcèlement de rue, était aussi en vogue lors des luttes contre le viol au mitan des années 1970.

Alors qu’est-ce qui est nouveau ? Ou plutôt important, et peut-être décisif dans les diverses campagnes #Metoo ou #Balancetonporc ? Au moins deux choses. (suite…)

« Vous venez d’insulter une femme, votre bite va se désintégrer dans les trois jours ». 22 janvier 2018

Dans l’épisode inauguré avec l’affaire Weinstein, ce n’est pas tant l’instauration d’un ordre moral qui se joue, bien plutôt la récusation salutaire d’un ordre moral ancien, tenace et persévérant, qui apprend aux hommes à céder à leurs désirs et aux femmes à céder sur leurs désirs. Ce qui est dit, répété depuis des décennies et fort vivement depuis quelques mois est très clair et tient en une phrase : mon corps n’est pas à votre disposition. La suite sera évidemment la légitimité des expressions par les femmes de leurs désirs.

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Harcèlement : desserrer l’étau idéologique

En lisant la tribune publiée le 27 septembre par Libération, titrée « Contre la pénalisation du harcèlement de rue », j’ai rajeuni de plus de 40 ans. Ce n’est pas forcément désagréable, quoique l’aspect répétitif lasse quand même un peu !
Les signataires qui se présentent comme « des féministes et chercheur-es sur les violences de genre », fonctionnent en effet avec un logiciel déjà rencontré dans les années antérieures. On s’affiche féministe et contre le harcèlement, mais quand il s’agit de le combattre, et de dire ça suffit, y compris en passant par la pénalisation, on explique doctement que la pénalisation du harcèlement de rue aboutira à forcément désigner et forcément stigmatiser les « hommes des classes populaires et racisées », je cite.

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Une parité à bout de souffle ? 20 mai 2017

D’outil de l’égalité, la parité n’est-elle pas devenue l’outil de la perpétuation de l’inégalité ? D’ «habit de l’égalité », pour reprendre l’expression de la philosophe Geneviève Fraisse, la parité n’est-elle pas devenue l’habit, le déguisement de l’inégalité en égalité ?

C’est en effet une parité pervertie qui nous est proposée, réduite à une conception quantitative. La parité constitutionnalisée a produit du chiffre, mais elle n’a pas, en tout cas pas assez, produit de l’égalité de pouvoir.

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