A propos d’Histoires d’elles

C’est une histoire qui commence un soir de juin 1976. Un appartement haut perché, les fenêtres ouvertes sur le Jardin des plantes, nous étions quatre filles, quatre copines, Hélène Bellour, Marie-Odile Delacour, Evelyne Le Garrec, et moi-même. Trois d’entre nous étaient journalistes, il serait plus juste d’ailleurs de dire ” travaillaient dans un journal” car il n’est pas certain que nous nous définissions comme “journalistes”. Evelyne travaillait dans un hebdomadaire, Politique Hebdo, Marie-Odile venait d’en démissionner et allait bientôt entrer à Libération où j’étais depuis presque deux ans (évidemment le Libé d’alors a peu à voir avec le Libération actuel).

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Un soir à Sarzane, 2008

Un soir à Sarzane A Pise il pleuvait. Mais en arrivant à Sarzane, dans l’après-midi de ce 5 juin 2008, le soleil fit son apparition. Un soleil agréable, bienveillant, avec juste ce qu’il faut de chaleur pour flâner dans les ruelles de la si charmante bourgade, pour s’offrir une glace au café Costituzionale, pour regarder les enfants courir sur la place Matteotti. Cette place, j’allais la retrouver un peu plus tard, à la tombée du jour, et pour la première fois pénétrer dans la mairie et même dans la  sala del consiglio, lambris, plafond peint, portraits des gloires sarzanaises, et...

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La somme de nos lâchetés particulières 2009

Article paru dans Libération du 21 février 2009

“La somme de nos lâchetés particulières”

Samedi, “Monsieur le flic…”
Le héros du dernier film de Costa Gavras, Eden à l’Ouest, prépare son entrée en France en apprenant la langue de ce pays qui, espère-t-il, va l’accueillir à bras ouverts. Il s’exerce notamment à dire correctement : “merci monsieur l’agent”. Sage précaution. Mon père, lui, a appris le français sur le tas, c’est-à-dire à l’usine, dans les bistros, les dancings.

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A propos de l’identité nationale..1996.

Extrait de mon livre : “Un chagrin politique” 1996. Où il est question d’identité nationale et d’identité française…
Etait-ce parce que j’étais moi-même fille d’immigré que j’ai vécu cette question comme une affaire personnelle? Sans doute. Encore que je fasse partie de ceux qui jugent qu’il y a des principes pour lesquels il faut se battre, même si leur mise en cause ne renvoie pas à une situation personnelle. Je n’ai jamais eu à souffrir d’avoir un père italien. Mais il est vrai qu’en entendant les propos sur les immigrés d’aujourd’hui, je ne pouvais m’empêcher de songer à ceux tenus avant-guerre à l’égard des immigrés italiens, ou aux émeutes anti-italiennes dans le sud-est de la France à la fin du siècle dernier. Ni aux réflexions entendues par ma mère lorsqu’elle épousa mon père, un « macaroni ».

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En Iran, mars et avril 1979

En 1979, du 18 mars au 2 avril j’étais en Iran. C’était juste après les manifestations des femmes qui, dans les rues de Téhéran, avaient montré leur opposition au tchador et juste au moment de la campagne relative au réferendum sur la République islamique.
Au printemps 2009, au moment des manifestations en Iran et des réunions ou meetings de soutien en France, j’ai ouvert le carton “Iran”. J’ai retrouvé des tracts de l’époque, des coupures de presse, des photos, j’ai retrouvé mes notes, nombreuses, faites d’entretiens en particulier avec des femmes iraniennes, féministes ou non, musulmanes ou non. Sans doute ferais-je quelque chose de ces notes.
J’ai retrouvé aussi les articles alors écrits qui donnent une idée et de la réalité sinon iranienne du moins téhéranaise du moment et de l’approche que j’ai pu alors en avoir.
Il me semble qu’ils peuvent à tout le moins avoir quelque intérêt pour celles et ceux qui ne sont pas indifférents à l’Iran, aux luttes que d’autres femmes et d’autres hommes mènent à nouveau pour leur liberté et une vie meilleure.

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A propos de la série Ecoles en France 2006

Article publié en avril 2006 par la revue du CNDP Télédoc
D’avance on s’en était réjoui. Comment ne pas se réjouir, en effet, à la perspective de passer presque quatre heures dans la compagnie d’enfants, de partager un peu de leur quotidien scolaire en pénétrant dans ce lieu si fermé aux adultes, quand ils ne sont pas enseignants, qu’est la classe ? Comment ne pas approuver aussi cette envie, précisée d’emblée dans le commentaire, de comprendre pourquoi, selon ce qu’affirme une enquête de l’OCDE de 2003, « les enfants français sont les plus stressés du monde développé », ou encore pourquoi, c’est le commentaire encore qui le dit, « 15 % des élèves sortent de l’école élémentaire en maîtrisant mal la lecture et l’écriture » ?

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Quelques impressions d’Afghanistan 2002

Texte publié par la revue Drôle d’époque, numéro 11, automne 2002

Quand le comité de rédaction de ” Drôle d’époque ” m’a demandé un article sur mes missions en Afghanistan, précisant : ” 25 000 signes, pas plus “, j’ai d’abord pensé que c’était beaucoup. Mais dès que j’ai commencé à écrire, cela m’a paru très peu, en tout cas insuffisant, tant me submergeaient instant après instant de multiples souvenirs, de lieux, de visages, de choses vues, de moments vécus, d’impressions ressenties au cours de ces deux séjours en Afghanistan, le premier en janvier 2002, le second en mars.

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Années sida…Jours de février. 1993

Article publié dans le numéro de la revue Regards Printemps 1993 en hommage à Frank Arnal, mort du sida en janvier 1993

Vendredi 12 février
L’arrivée à Bedarieux, petite ville du département de l’Hérault, est assez sinistre. II est 13 heures.
II pleut. En cette saison et à cette heure, tout est fermé, les magasins, les cafés, les restaurants.
Personne dans les rues. Avec mon parapluie et mon petit cartable, je me sens très « hussarde de la République ».
C’est donc ça, être inspectrice générale de l’Education nationale, se retrouver dans une ville déserte, à la recherche d’un restaurant pour déjeuner avant d’aller inspecter un lycée professionnel.

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