Un soir à Sarzane, 2008

Un soir à Sarzane

A Pise il pleuvait. Mais en arrivant à Sarzane, dans l’après-midi de ce 5 juin 2008, le soleil fit son apparition. Un soleil agréable, bienveillant, avec juste ce qu’il faut de chaleur pour flâner dans les ruelles de la si charmante bourgade, pour s’offrir une glace au café Costituzionale, pour regarder les enfants courir sur la place Matteotti.

Cette place, j’allais la retrouver un peu plus tard, à la tombée du jour, et pour la première fois pénétrer dans la mairie et même dans la  sala del consiglio, lambris, plafond peint, portraits des gloires sarzanaises, et ces personnes inconnues, jeunes et moins jeunes, femmes et hommes, gens de Sarzane, venus là, dans le cadre de la semaine Libri per  strada…

Venus pour quoi exactement ? Pour m’entendre parler d’un livre qu’ils n’ont pas lu, puisque pas traduit en italien, de ce que ce livre dit de Sarzane, de ce qu’une fille dit de son père, son père l’italien parti de là au début des années 30 pour venir en France. Y venir, y rester, y faire souche…

Serait-il content que sa fille soit là ? En tout cas moi je l’étais, contente, et fière, et émue, si émue de me trouver dans cette salle où mon père n’était sans doute jamais entré, sala del consiglio peut être trop intimidante pour le gamin issu d’une famille pauvre, de l’une de ces familles dont les enfants, les uns après les autres, quittent leur pays, non par envie mais par nécessité.

 

Grâces soient rendues aux personnes qui ont permis ce soir à Sarzane, Marie Eve Gardère, présidente de la Licra italienne, Giovanna Riu, responsable de l’action culturelle de la province de La Spezia et bien sûr Stefano Milano, assesseur pour la culture de la ville de Sarzane.

Grâces et remerciements pour ces heures si précieuses pour moi qui témoignaient de retrouvailles avec des lieux, des goûts, des parfums jamais oubliés, par delà l’exil.

Qui montraient qu’il n’y a peut être ni temps perdu ni temps retrouvé, mais une mémoire où le réel se croise avec l’imaginaire.

Qui prouvaient que les mots, les phrases, les livres font lien entre les histoires singulières et l’Histoire, entre des personnes qui, sans se connaître, partagent un héritage. Qu’elles ont reçu et qu’elles doivent transmettre.