L’identité française 1985

Bien qu’il ait plus de vingt ans, le texte qui suit, présentation de l »ouvrage collectif, L’identité française (Editions Tierce. 1985) n’a hélas pas perdu de son actualité.

Paradoxe que cette fin de millénaire : la mondialisation des échanges économiques et des communications, la standardisation en cours des styles de vie, coexistent avec une formidable remontée de la quête des origines, de la recherche des racines. L’un, sans doute, explique l’autre. A l’homogène, on répond par les différences, à l’universel par les particularités. La télévision livre chaque jour et partout la totalité du monde – et son simulacre – , mais le monde, dans sa totalité, n’intéresse, au fond, personne. L’ailleurs, quand il devient visuellement quotidien, ne se rapproche pas, il s’éloigne. Sans perdre pour autant son caractère menaçant. II faut se protéger de ce lointain si proche, il faut retrouver ce proche qui s’éloigne. La peur de perdre, son territoire, sa personnalité, sa différence, son identité est partout. Et comme il y a peur, il y a surenchère.

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Est-ce sur ce fond d’intégrismes identitaires que nous allons changer de siècle ? Le sol, le sang, la religion, le passé. L’humanité ne veut pas être orpheline. Les enfants meurent pour retrouver leurs pères ou ne pas les perdre. C’est qu’on se bat aujourd’hui, dans le monde, au nom de 1’identité. Creuser la terre pour y trouver ses fondations, au sens propre, ses racines fondant la légitimité à être là où l’on est, n’est-ce pas les termes irréductibles du conflit israélo-palestinien, identité juive retrouvant sa terre, identité palestinienne à la recherche de la sienne. A chacun sa  » guerre sainte  » : juifs contre arabes, vietnamiens contre cambodgiens, sunnites contre chiites… Nous ne déclinerons pas toute la liste ; et quand il n’y a pas guerre, il y a au moins 1’exaltation des mythes fondateurs, l’Amérique reaganienne nous en donne un parfait exemple.
Les Européens, eux, s’entretuent aujourd’hui sur un stade de football. Signe de temps dérisoires et sauvages ? Et/ou désir si fort d’appartenance, de différenciation ? Nous voilà embarqués dans une vision tragique de l’identité, ou la quête de soi et des siens passe par la haine des autres, le goût de leur mort. Intolérances aussi vieilles que l’humanité qui semble, d’un coup, être imperméable à tout progrès moral. La barbarie n’est pas derrière nous, elle est là, toujours contemporaine, toujours à venir. L’Europe qui se croyait civilisée n’y échappe pas. Elle n’échappe pas non plus à des formes d’intégrisme. En France, certains se (re)mettent à distinguer les vrais Français des faux, les purs des impurs. Ils trouvaient normal d’aller construire des églises en Afrique, mais ils ne veulent pas de mosquées en Beauce. Au fond, ils n’ont pas accepté que les cartes géographiques aient changé. Dien Bien Phu n’est plus français, ni Tamanrasset, ni Brazzaville. Les majuscules de la colonisation française ne figurent plus que dans les atlas des années 50. La France, malgré les DOM et les TOM, ne se perçoit plus que comme hexagonale. Et certains Français, certains Européens s’affolent. Puisque les empires de l’Europe ont disparu, pourquoi les peuples qui les ont construits ne disparaîtraient-ils pas eux aussi, balayés par 1’expansion démographique des ex-colonisés.
En organisant un colloque sur le thème de l’identité francaise, Espaces 89 a-t-il cédé à ces peurs, à l’universelle pulsion intégriste ? Etrange formulation, pensera-t-on, de la part d’un club de gauche, de la part de ceux pour qui 1’internationale devait être, devrait être le genre humain ! La venue aux affaires de la France a-t-elle soudain rendue la gauche nationaliste ? Entrons-nous dans l’avenir avec des références périmées ? S’agit-il d’un nouvel aggiornamento pratiqué par une gauche soucieuse, pour se refaire une santé, de chasser sur des terres où elle n’est pas habituellement présente ? Rétablissons d’emblée les choses : que la référence identitaire et de surcroît la référence à 1’identité française charrie des flux de nationalisme de bazar, de racisme biologique, ethnique, culturel, idèologique, c’est vrai. Faut-il pour autant refuser d’aborder les problèmes, d’approcher certaines questions ? Pratiquer la politique de 1’autruche, fermer ses yeux et ses oreilles au risque de laisser les crispations s’approfondir, les archaïsmes s’installer, les haines et les violences se manifester ?
Espaces 89 a pensé qu’il fallait, au contraire, affronter les interrogations, débattre, réfléchir. Pour inventer. Pour tenter d’avancer pas à pas, jour après jour. Bref, nous avons pensé qu’il était préférable de faire face. Sans manier la langue de bois, sans estimer que nous avions toutes les réponses déjà prêtes.
Introduire, à gauche, le concept d’identité, c’est tenter d’interprêter avec un autre outil une réalité parfois insaisissable. Or 1’identité qui porte à la fois sur 1’essence et 1’existence, le métaphysique et le physique, est en crise, un peu comme si, soudainement myope, nous ne voyions plus les choses, nous ne les reconnaissions plus. Est-ce alors notre regard qui devient flou ou bien plutôt nos lunettes qui deviennent périmées ? Ce qui nous permettait de voir, de comprendre, s’est usé, la preuve en est de notre incapacité à saisir vraiment les crises de notre temps. II s’agit donc aussi d’une crise des critères, des outils, des concepts. Est-ce le monde qui titube ou l’image que nous en avons ?
Ici, la quête d’identité est l’ultime figure qui donne du sens, occupant la place laissée vide par la religion, l’idéologie, la politique. Le qualificatif  » française  » n’est pas que le signifiant ornemental d’un titre racoleur.  » Française « , parce que l’hexagone se débat avec l’hexagonie. L’Europe politique avance à pas de tortue, freinée par les corporatismes nationaux, alors que Fellini, Bergman, Fassbinder ou Truffaut dessinent 1’imaginaire de leurs identités européennes. Mais l’Europe est en panne de mythes européens, la gauche est en deuil d’internationalisme, les Français, parmi d’autres, en déficit d’espérance. La route qui mène à l’an 2000 semble trop et pas assez balisée.
Comment comprendre ? En quoi croire ? II ne s’agit pas en effet de pouvoir répondre à la question qui sommes-nous ?, il faut aussi pouvoir dire ce que nous voulons être et faire. La question de 1’identité, qu’elle se pose à un individu ou à un groupe, est un pont entre le passé et 1’avenir, la répétition et le changement, la mémoire et 1’invention, I’histoire déjà faite et I’histoire à faire.
L’identité est une page déjà écrite et une page blanche. Mais comment écrire cette page, quand les certitudes se sont envolées, et que chacun sent bien qu’on est en train de passer d’une civilisation a une autre, d’un monde à un autre.
Flash back : si les années 50 reconstruisent la France, elles touchent peu au tissu industriel et urbain du pays. La France reste paysanne et boutiquière. Aux prises avec le début des guerres coloniales, elle rejette la clairvoyance d’un Pierre Mendès France. La vertu dominante est à gauche, autour du marxisme,  » horizon indépassable de notre temps « . Les années 60 changent les données économiques, culturelles, politiques. L’expansion est à l’ordre du jour avec la fin de la décolonisation. Le gaullisme gère tandis que la société change. La France devient urbaine, les enfants du baby boom font irruption, entre les yéyés de  » Salut les copains  » et l’ennui petit-bourgeois. Politiquement la scène est a la fois vide et tout entière occupée par de Gaulle. Des groupes minoritaires s’investissent dans le révolutionnarisme par procuration, la guerre du Vietnam prenant le relais des énergies oubliées de la guerre d’Algérie. Mais la protestation anti-impérialiste a été totalement submergèe par le mouvement de mai 68. La langue de bois alors se fissure, parfois au profit d’autres langues de bois tout aussi idolâtres. A la « mort du sujet », à l’anti-humanisme pré-soixante-huitard fait place un sujet royal, narcissisé à l’extrême, un déçu du gauchisme cherchant dans la marginalité une dérision mobilisatrice. Mais la dérive s’use vite. Avec la disparition des grands maîtres disparaissent les grands mythes porteurs. Les temps économiques changent aussi. La crise s’installe dans un pays qui ne l’avait pas prévue et qui, longtemps, a refusé de la voir. L’individualisme et les vertus concurrentielles se renforcent tandis que l’image télévisuelle confirme, sacralise la mise en spectacle de la société et du monde.
Par un usage magique, le qualificatif nouveau donne une virginité nouvelle aux idées et aux gens. Tout est nouveau dans l’ordre médiatique car nécessité fait loi. Giscard, qui a compris trop tard que son nouveau régime était devenu ancien, cède la place à la gauche qui, elle, veut « changer la vie ». Mais François Mitterrand s’installe a I’Elysée à un moment où la chose politique est déjà en plein reflux. Un nuage de scepticisme s’est abattu sur la France. Le 10 mai 81 n’a pas levé la confusion du paysage ; l’exercice du pouvoir, 1’apprentissage de la gestion, les contraintes du réel ont conduit à bien des remises en question, dans les faits et les pratiques, sinon dans les mots.
C’est dans cet air du temps quasiment indéfinissable, incernable, qu’évolue le mythe identitaire. L’identité, alors, serait ce qui reste lorsque l’on croit qu’on va tout perdre. En effet, pour une bonne part de la population francaise, il y a péril en la demeure. Crainte diffuse de ne plus se repérer, non pas dans les différentes  » coupures épistémologiques  » que le marché aux idées a proposées en 20 ans, mais dans ses habitudes de travail, son environnement, sa vie quotidienne. L’idéologie -cette religion laïque qui avait réponse à tout- n’est plus la pour livrer ses visions globales. Et face aux changements qui sont à 1’oeuvre, les individus, les groupes se déstabilisent. Passage d’un monde à un autre. Peut-être même à une autre forme d’humanité. Le biologiste Jacques Testard ne nous place-t-il pas au coeur du problème lorsqu’il annonce  » le jour où le solde d’humanité sera tout entier contenu dans le souvenir de 1’homme « . Pessimisme du scientifique qui réfléchit sur ce qu’il fait, et ce à quoi il contribue : d’un côté, des possibilités inouies offertes par la génétique avec ce qui est vulgarisé sous 1’appellation « bébés éprouvettes », de 1’autre, 1’interrogation lancinante, qui vient du fond de 1’âge scientifique mais qui semble prendre aujourd’hui une forme nouvelle : non plus  » quelle humanité allons-nous produire ?  » mais  » n’allons-nous pas vers autre chose que 1’humain ?  »
Peut-être ne faut-il pas tout à fait suivre Jacques Testard dans son pessimisme ; mais il est certain qu’à travers les innovations génétiques, c’est la continuité généalogique qui est en cause et done 1’un des fondements mêmes de la notion d’identité, qu’elle soit individuelle ou collective : la succession, dans le temps, de générations qui s’appuient l’une sur l’autre, se mêlent l’une à l’autre, se récitent leur histoire. Non que tout patrimoine génétique disparaîtra ; mais il demeurera inconnu, voire inconnaissable. Un avenir pourra-t-il se fonder sur, de cette perte du passé ? Cette interrogation sur la continuité généalogique n’est-elle pas symbolique, archétypale de toutes les interrogations identitaires qui, implicitement ou explicitement, sont en jeu ici et maintenant ? N’est-elle p’as exemplaire de leur mode de fonctionnement ? Ce sur quoi 1’on s’appuyait, ce à quoi l’on croyait semble être en voie de disparition, mis a mal par les transformations technologiques, sociales, culturelles, scientifiques, politiques… C’est bien dans tous ces domaines que s’expriment doutes et inquiétudes, suscités par la conscience floue qu’il n’est plus possible de vivre comme avant, de penser comme avant, d’être comme avant. Travail, loisirs, formation, savoirs, vie familiale, productions culturelles, idées morales, conceptions politiques, tout tourbillonne, le présent s’échappe.
Mais les années 80 paient aussi la formidable déconstruction opérée dans les sociétés occidentales au cours de la précédente décennie. Elle a touché les moeurs, les idées, les représentations, les rites. Elle a ébranlé les structures sociales, familiales, elle a troublé les identités sexuelles, mis a mal les croyances et les certitudes, sapé les fondements du bien et du mal, du vrai et du faux. Comment, après, s’y retrouver ? Comment faire le tri entre les bonnes et les mauvaises réponses, quand les points d’ancrage s’effondrent, quand les messages transmis par les pères n’ont plus de sens ? D’autant plus que la déconstruction, voire la destruction s’est faite sur un temps relativement court et sans production massive de structures de remplacement. Tout au plus a-t-on assisté à la montée d’illusions dont il a bien fallu revenir parce que le paradis qu’elles promettaient se révélait – pour ceux qui ne le vivaient pas par procuration – un enfer.
Ce retour a été ponctué de différentes étapes, des luttes prolétariennes aux divans analytiques, de la pensée Mao Tse-Toung à la fascination papale ou papiste, du voyage en Chine au voyage à Vézelay. Quant à 1’idéal militant, il s’est évanoui au profit du cynisme, tant s’est substitué au dévouement à la cause le souci de sa propre cause. Signe de temps grisâtres où s’affiche une pensée molle, une apologie du « tout s’équivaut », avec ses plus récentes équations : socialisme = fascisme, résistance = collaboration, gauche = droite. Quant aux engagements, quant à 1’engagement, cachez-nous ces archaïsmes…
Creux ? Vide ? Plutôt brouillard, brouillages, changements sans mode d’emploi. La place, de toute façon, était à prendre. L’intégrisme identitaire pouvait s’engouffrer avec ses réponses simples : frappées, comme ils disent, au coin du bon sens. Elles resurgissent à chaque période de troubles, de doutes, leur mécanisme de fonctionnement est parfaitement connu :  » y a qu’à, bouc émissaire, remède miracle…  » Parlons simple, à défaut de parler vrai. Parlons évidences. Expulsons les immigrés, et il y aura du travail pour tous ; ramenons les femmes au foyer et les enfants ne se drogueront plus ; chassons la gauche du gouvernement et comme par miracle la France sera de retour. Elle redeviendra elle-même, elle retrouvera son identité qu’elle n’aurait jamais du perdre, si un sang impur, une culture impure, une idéologie impure ne s’y étaient mêlés. Fantasmes de pureté à 1’oeuvre dans le lepénisme, avec les vrais Français et les autres, le label venant du sang, du sol, jamais du désir ou de la volonté. Apologie du terroir, hantise du mélange, hymne à la France gauloise, à la France chrétienne.
N’y aurait-il que Le Pen et ses séides, cela ne serait pas si grave, tant cette pensée est une constante de I’histoire idéologique frangaise. Mais ne retrouve-t-on pas ailleurs, dans d’autres rangs, des idées proches, des conceptions voisines, la vulgarité de vocabulaire en moins ? Au CNIP, par exemple, passerelle entre la droite honorable et le Front National. Mais aussi dans les marges – le sont-elles vraiment ? – du RPR et de l’UDF, en particulier au Club de l’Horloge. Quelles différences de fond, en effet, y a-t-il entre les idées de J-M. Le Pen et celles développées par Alain Griotteray, membre de l’UDF, ou Jean-Yves le Gallou, secrétaire général du club sus-nommé ? Dans un livre qu’il dédie  » au peuple français  » (La préférence nationale. Réponse à l’immigration. Albin Michel. 1985, M. Le Gallou, qui est depuis septembre 85 membre du Front National après avoir été membre de l’UDF, prophétise  » la fin de la France « ,  » le broyage du peuple francais par le rouleau compresseur de 1’immigration maghrébine »,  » une immigration qui apporte de profonds bouleversements aux institutions françaises « ,  » mine la souveraineté nationale « ,  » met en cause 1’identité française « .
Pas plus que le Front National, le club de l’Horloge ne s’en tient a la mise en question des immigrés. Pour lui aussi, national s’oppose à socialiste, ainsi que son président, Yvon Blot, l’explique dans un récent ouvrage ( » Les racines de la liberté. Albin Michel. 1985). Corollaire de l’éloge de l’enracinement : la mise à l’index du marxisme et du socialisme,  » causes premières du déracinement dont souffrent aujourd’hui les Français ». La démonstration repose sur une équation,  » France = République « , une inadéquation, « le socialisme est contraire a la République « . Conclusion : le socialisme est contraire a la France. II s’agit bien d’expulser le socialisme de la tradition nationale : ce que Jacques Toubon, secrétaire général du RPR traduisait, lors d’un meeting à Arras en novembre 84, en ces termes : « les idées socialistes ne sont pas des idées françaises « . Ce que confirmait la campagne d’affiches faite par le RPR à 1’automne 85 ; « vivement demain, vivement la France « . Serait-ce qu’aujourd’hui, ce n’est pas de la France qu’il s’agit ? On 1’aura compris : la gauche est étrangère à la France. Quand elle la gouverne, la préside, elle ne peut donc que la pervertir, la détruire. La gauche, c’est l’anti-France, point de salut tant qu’elle n’aura pas été. chassée des palais nationaux. L’antienne n’est pas nouvelle. Est-ce pour autant rassurant ?
Ce livre est un livre contre. II est aussi un livre pour. Car nous nous faisons une autre idée de la France, de ce qu’elle doit être, de ses tâches, de ses ambitions, de son chemin. Nous voulons penser en d’autres termes l’échange identitaire, tout en sachant que la démagogie est à double entrée : elle est dans la flatterie des vrais Français mais aussi dans celle des étrangers. Dans l’éloge de la francité et dans son mépris. Dans 1’exigence d’assimilation et dans I’apologie des différences. Dans la valorisation d’une seule culture et dans 1’affirmation que toutes les cultures se valent. Dans l’exacerbation du nationalisme et dans la négation de la nation. Dans I’idolâtrie du passé et dans la volonté d’en faire table rase. Dans la soumission à une idéologie et dans le refus des principes.
Aurions-nous tenu un colloque de la voie médiane, du ni-nisme érigé en système de penséé, en mode politique ? Nous ne le pensons pas. Des femmes et des hommes différents, avec des regards différents, ont approché quelques problèmes de notre temps. Un temps difficile, incertain. Mais ne peut-il être, ne doit-il pas être celui aussi des résistances : ce qui résiste et ce à quoi il faut résister. La gauche, dans cette résistance, dans ces résistances a un rôle essentiel à jouer. Pas de réassurance à bon compte. Nous ne pensons pas incarner le bien, ni échapper à l’erreur et à l’errance. Si nous ne détenons pas toutes les clefs de la modernité, nous espérons parvenir à baliser la route, faisant, modestement, chanter quelques mots : citoyenneté, dialogue, dignité, liberté, égalité, fraternité. Voila notre carte d’identité.

(été 85) Texte cosigné par Martine Storti et Jacques Tarnero

 

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