L’impasse de l’identité

Dans « Sortir du manichéisme » (ed. Michel de Maule, 2016), Martine Storti, présidente des 40 ans du MLF, s’attaque aux lectures binaires du réel et exhorte à en embrasser la complexité. Entretien paru dans Les Inrocks Mai 2016

.https://www.lesinrocks.com/actu/penser-termes-didentite-piege-71287-07-05-2016/

« Alors que depuis quelques années tourne en boucle la double exhortation de Charles Péguy – « Il faut dire ce que l’on voit » et « voir ce que l’on voit »-, j’ai plutôt l’impression que chacun ne voit que ce qui l’arrange » écrit Martine Storti, ancienne journaliste à Libération et présidente de l’association féministe des 40 ans du MLF, dans Sortir du manichéisme. Ecrit dans la foulée des agressions sexuelles survenues à Cologne la nuit du Nouvel An, son essai pointe le danger de lire l’actualité de façon simplifiée, et appelle à la modération en retrouvant le goût des idées.

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11 avril 2016 Entretien à propos de mon livre Sortir du manichéisme

Entretien avec Annie Sugier et Brigitte Marti sur le site 50-50 magazine
Quelles étaient vos motivations pour écrire le livre ? Trop d’incohérences dans le circuit médiatique et les amalgames en tout genre ?

Ecrire ce livre est devenue une nécessité pour moi après les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et contre l’Hyper Cacher. Avec les manifestations en réponse à ces attentats, on a parlé d’un «esprit du 11 janvier».

Le 11 janvier, des millions de femmes et d’hommes avaient exprimé certes un refus du terrorisme, de l’intégrisme islamique, de la barbarie. Mais elles exprimaient plus qu’un refus, elles exprimaient un besoin et même une exigence de solutions, avec la conscience que celles-ci ne passaient pas par des oppositions sans cesse réactivées mais par la mise en commun et en œuvre de principes politiques, par-delà des religions, les couleurs de peau, les origines. Il fallait retrouver l’action politique, pour construire quelque chose.

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Se mettre du côté de celles qui n’ont pas le choix. 5 avril 2016

A propos de la mode dite “islamique” ou “pudique”

Tribune parue dans Libération du 5 avril 2016
En 2004, le philosophe Alain Badiou qualifiait la loi interdisant le voile à l’école de « loi capitaliste pure », ordonnant que « la féminité soit exposée, autrement dit que la circulation sous paradigme marchand du corps féminin soit obligatoire ». Une décennie plus tard, « la mode islamique » lancée par certaines marques, permet de prendre la mesure de la pertinence de l’analyse !

Pour vendre, le capitalisme, encore appelé « paradigme marchand », ou néolibéralisme économique, comme on voudra, s’accommode de tout, des corps féminins dénudés comme des corps couverts, des fesses exposées comme des cheveux cachés, du string comme du burkini. Pourquoi ne pas s’y mettre puisqu’il y a un marché de la burka à fleurs et du tchador à carreaux ? Pourquoi de surcroît, ne pas les qualifier, trouvaille géniale de communicant, de « mode pudique » ?

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Assez de faire de l’émancipation des femmes un enjeu identitaire, 2 mars 2016

Un double processus d’occidentalisation de l’émancipation des femmes est à l’œuvre, conduit par des courants politiques, religieux, idéologiques (tous les qualificatifs conviennent) en apparences opposés mais qui concourent, chacun à leur manière, à la construction d’une impasse.

L’actuel débat autour des articles de Kamel Daoud en est un exemple de plus, il n’est pas le premier et sans doute pas le dernier.

Article publié sur Le monde.fr le 2 mars 2016

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Décembre 2015 : deux articles sur le Front national et les droits des femmes

Article publié dans L’Humanité du 9 décembre : “Un infini mépris de l’égalité et de la liberté des femmes”

Il y a l’apparence : la nièce, plus jeune, plus radicale, et la tante plus âgée et plus raisonnable qui la corrige. Quand Marion Maréchal-Le Pen annonce qu’elle supprimera les subventions au Planning familial si elle est élue présidente de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marine Le Pen, présidente du Front national, rétorque qu’une telle mesure n’est pas au programme du parti qu’elle dirige et qu’au niveau régional d’autres urgences s’imposent. L’ennui, c’est que d’autres têtes de liste pour les élections régionales ont exprimé les mêmes positions que la députée du Vaucluse, notamment Louis Aliot, par ailleurs compagnon de Marine Le Pen.

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Le porc, les femmes et le philosophe

Le philosophe Pierre Manent propose, dans son récent ouvrage Situation de la France , un compromis avec les Musulmans, seule manière, selon lui, de créer avec eux « une amitié civique » et de leur donner au sein de la nation française la place qu’ils méritent sans les obliger à abandonner leur être musulman, à la fois de religion, de culture et surtout de mœurs.
Qui dit compromis dit ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas. L’une des propositions de Manent est que la République « cède sur les mœurs », qui comprennent par exemple le porc à la cantine et la place des femmes. Sous cet angle, deux interdictions doivent être clairement énoncées : celle de la polygamie et celle du voile intégral. « Pour le reste, les relations entre les sexes sont d’un sujet d’une telle complexité et délicatesse, nous explique ce philosophe, qu’il est sans doute déraisonnable de damner une civilisation sur cette question. »

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Et si les hommes retournaient à l’’école

Article publié dans Libération 9 février 2015

S’agissant de l’école de la République, il est beaucoup question, ces dernières semaines, à coup de métaphores guerrières un tantinet inquiétantes, de « professeurs sur le front », ou « en première ligne », surtout quand ils travaillent dans des établissements scolaires qualifiés de « sensibles » ou de « difficiles ».
Ce qui n’est guère souligné, c’est que sur le dit « front », si « front » il y a, ce sont majoritairement des femmes qui y sont.

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Pauvre Badiou

Dans un long papier (Le Monde du 28 janvier 2015) Alain Badiou nous explique que, « le monde est investi en totalité par la figure du capitalisme global » et qu’en conséquence, la « version libérale de l’Occident », la « version autoritaire et nationaliste de la Chine et de la Russie », la « version théocratique des Emirats », ne sont que des versions du « même monde réel ». On aimerait savoir ce qu’en pensent les femmes et les hommes qui vivent dans les différents pays ou zones cités. Quoique cette pensée ne doit guère intéresser Alain Badiou...

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