Catégorie Textes amis

La colonie Marivaux

La Colonie pièce en un acte de Marivaux (1750)    Marivaux féministe… ARTHENICE  Venons à l'esprit, et voyez combien le nôtre a paru redoutable à nos tyrans ; jugez-en par les précautions qu'ils ont prises pour l'étouffer, pour nous empêcher d’en faire usage ; c'est à filer, c'est à la quenouille, c'est à l'économie de leur maison, c'est au misérable tracas d'un ménage, enfin c'est à faire des noeuds, que ces messieurs nous condamnent.   UNE FEMME Véritablement, cela crie vengeance. ARTHÉNICE Ou bien, c'est à savoir prononcer sur des ajuste­ments, c'est à les réjouir dans leurs soupers, c'est à leur inspirer d'agréables passions, c'est à régner dans la bagatelle, c'est à n'être nous-mêmes que la pre­mière de toutes les bagatelles ; voilà toutes les fonc­tions qu'ils nous laissent ici-bas , à nous qui les avons polis, qui leur avons donné des moeurs, qui avons corrigé la férocité de leur âme ; à nous, sans qui la terre ne serait qu'un séjour de sauvages, qui ne...

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« Trois guinées » Virginia Woolf

« Dites-nous, s’il vous plaît, pourquoi vous ache­tez trois quotidiens et trois hebdomadaires ? — Parce que, répondrait-elle, je m’intéresse à la politique et je désire être au courant des faits. — Un désir tout à fait remarquable, madame, mais pourquoi trois ? Ne sont-ils pas d’accord sur les faits ? Et s’il en est ainsi, pour­quoi trois ? » À quoi elle répondra, avec quelque iro­nie : « Vous prétendez être une fille d’homme cultivé, et vous prétendez cependant ignorer les faits. En gros, vous semblez oublier que chacun de ces journaux est financé par un conseil d’administration. Que chacun de ces conseils d’administration a sa propre politique. Que chaque conseil d’administration emploie des écri­vains pour diffuser cette politique; et s’ils ne sont pas d’accord avec cette politique, ces écrivains, ne l’oubliez pas, se retrouveront dans la rue, au chômage. C’est pourquoi, si l’on tient à connaître le moindre fait politique, la lecture d’au moins trois journaux dif­férents est indispensable. Il nous faudra comparer au moins trois versions du même fait pour parvenir à notre propre conclusion. D’où ces trois journaux sur ma table. »

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Douce France : rafles, rétentions, expulsions

Olivier LE COUR GRANDMAISON (dir.), Douce France : rafles, rétentions, expulsions , Paris : Seuil / RESF , oct. 2009

Résumé présenté par l’auteur

Nous connaissons les existences et les espoirs ruinés de ceux qui sont raflés placés en centre de rétention, puis forcés d’embarquer dans des avions ou des navires à destination de leur pays d’origine. Telle est la situation qui nous porte à écrire, telle est la raison d’être de ce livre : témoigner, penser, résister, autant que faire se peut. »

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Flaubert, les bohémiens et les bourgeois, 1867

Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu des jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et très complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre. C'est la haine que l'on porte au Bédouin, à l'Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. Il est vrai que beaucoup de choses m'exaspèrent. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton."  Gustave Flaubert, Lettre à George Sand. Croisset, mercredi soir, 12 juin 1867...

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Réfugiés W.H. Auden

Refugee Blues
W.H. Auden

(traduction : Francine Lacoue-Labarthe et Laurence.Kahn)

Disons que cette ville a dix millions d’âmes,
Certains vivent dans des demeures, d’autres vivent dans des terriers :
Pourtant il n’y a aucun endroit pour nous, mon amour, pourtant il n’y a aucun endroit pour nous.

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Chansons de l’étranger. Edmond Jabès

Edmond Jabès : extraits de Je bâtis ma demeure
Gallimard, 1975

CHANSON DE L’ÉTRANGER

Je suis à la recherche d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.
A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps ?

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Ne pose pas ton livre encore… Bertolt Brecht

GÎTES POUR LA NUIT    On me dit qu’à New-York À l’angle de la 26è rue et de Broadway Un homme chaque soir se tient les mois d’hiver : Il procure aux sans-abri qui se rassemblent là Un gîte pour la nuit, qu’il demande aux passants. Le monde n’en est pas changé pour autant Les rapports entre les hommes n’en deviennent pas meilleurs L’ère de l’exploitation n’est pas abrégée pour autant Mais quelques hommes ont un gîte pour la nuit : Le vent toute une nuit sur eux ne soufflera La neige qui était pour eux tombera dans la rue. Ne pose pas ton livre encore, homme qui lis ces phrases. Quelques-uns sont pourvus d’un gîte pour la nuit Le vent toute une nuit sur eux ne soufflera La neige qui était pour eux tombera dans la rue : Mais le monde n’en est pas changé pour autant Les rapports entre les hommes n’en deviennent pas meilleurs L’ère de l’exploitation n’est pas abrégée pour autant.    Bertolt BRECHT,...

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