
Donc vingt-trois années, avec ou à côté de ma grand-mère. Et sur les années d’avant, donc sur plus d’un demi-siècle, aucune curiosité.
Si bien que la vie de ma grand-mère, je l’ai longtemps regardée comme une vie de femme, donc une vie « sans histoire » ainsi que l’affirmait Simone de Beauvoir et avec elle la première ligne de l’hymne du MLF « Nous qui sommes sans passé les femmes, nous qui n’avons pas d’histoire », un genre de vie auquel la militante féministe que j’étais devenue voulait justement échapper.
Pourquoi maintenant, pourquoi ce besoin, si nouveau, si surprenant, d’en savoir davantage sur la vie de cette femme qu’on appelait toujours « Mémé » et jamais par son prénom, Marcelline ? Est-ce parce que j’ai atteint l’âge qu’elle avait quand elle est morte ? Est-ce à cause de cette coïncidence d’âge que m’est venue l’envie de l’approcher dans sa singularité, dans son histoire, au fond de faire connaissance – du moins de le tenter- avec Marcelline Arbogast née Charruau?

Toutes les vies sont dignes d’être l’objet, le sujet d’un récit. Même si ce sont, pour reprendre les mots de Virginia Woolf, des « vies infiniment obscures » et peut-être est-ce parce qu’elles le sont que « les enregistrer » pour reprendre encore ses mots, est une nécessité, et qu’il est toujours temps de réparer ce qui n’a pas été fait quand l’enregistrement aurait été possible. Et cet adjectif « obscure » devenu substantif pour Svetlana Alexievitch quand l’écrivaine ukrainienne parle de son intérêt pour « ces gens qui se déplacent dans l’obscurité sans laisser de traces et à qui on ne demande rien ».
C’’est exactement cela, je n’ai jamais rien demandé à ma grand-mère sur sa vie d’avant celle que j’ai connue. Mais comment sortir de l’obscurité des années dont on ne sait presque rien ?
De l’hiver 2023 à l’automne 2025 j’ai cheminé avec Marcelline. En farfouillant dans des archives, en scrutant des photos, en séjournant dans quelques lieux de sa vie, en parcourant les rues de son enfance, en restant des heures devant un immeuble qui ne pouvait rien m’apprendre mais que je contemplais comme s’il conservait à distance de décennies une trace de cette femme ordinaire parmi les ordinaires, indifférente à l’Histoire mais traversée par elle.
Mettre Marcelline par écrit, écrire Marcelline, la retrouver ou plutôt la découvrir dans sa singularité. Et la faire découvrir à d’autres. Accomplir un geste de transmission.
Echos médiatiques
Article dans Libération 11 juillet 2026
En librairies : Martine Storti,
Marcelline, Fragments d’une vie sans récit
Michel de Maule, 184 pp., 20 €.
Martine Storti part à la rencontre de sa grand-mère Marcelline avec qui elle a vécu jusqu’à l’âge de 25 ans mais dont elle ne connaît rien du passé. A sa mort cette méconnaissance lui apparaît comme un trou béant et elle se lance dans une enquête pour reconstituer sa vie, de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1969. C’est un travail de recherche complexe : suppositions, déductions, probabilités, hypothèses à partir de photos, de dates ou d’adresses, données d’archives sur lesquelles elle bâtit les fragments d’une vie. C’est le «récit d’une vie sans récit». La recherche rigoureuse s’emmêle à la fiction sur un fond historique qui comble les vides. Il y a du Modiano dans cette enquête qui draine aussi nostalgie et regrets puisqu’il faut parfois admettre que ce qui n’a pas été dit est enfoui à jamais. Pourtant, une rencontre a eu lieu : au cours de cette exploration, Martine a été proche de Marcelline «comme jamais je le l’ai été de son vivant». N.A.
Chronique de Josyane Savigneau sur RCJ 6 juillethttps://radiorcj.info/diffusions/marcelline-de-martine-storti-aux-editions-michel-de-maule/
Article dans le Nouvel Obs 8 mai 2026
Cette semaine, notre chroniqueuse Barbara Krief a lu pour vous le magnifique récit biographique que l’écrivaine et journaliste Martine Storti consacre à sa grand-mère : « Marcelline. Fragments d’une vie sans récit ». Où celle qui pensait raconter l’histoire d’une femme ordinaire a fini par se plonger dans les archives de la collaboration.
Article dans Franc-Tireur 25 Février 2026



article Le courrier de l’Ouest 31 mars 2026

Dans le quotidien La Montagne, Mars 2026








