Catégorie Textes amis

Kant : pour apprendre la liberté il faut être libre

J’avoue ne pas pouvoir me faire très bien à cette expression dont usent aussi des hommes sensés : un certain peuple (en train d’élaborer sa liberté légale) n’est pas mûr pour la liberté ; les serfs d’un propriétaire terrien ne sont pas encore mûrs pour la liberté ; et de même aussi les hommes ne sont pas encore mûrs pour la liberté de conscience. Dans une hypothèse de ce genre la liberté ne se produira jamais ; car on ne peut mûrir pour la liberté, si l’on n’a pas été mis au préalable en liberté (il faut être libre pour pouvoir se servir utilement de ses forces pour la liberté). Les premiers essais en seront sans doute grossiers et liés d’ordinaire à une condition plus pénible et plus dangereuse que lorsque l’on se trouvait encore sous les ordres, mais aussi confié aux soins d’autrui ; cependant jamais on ne mûrit pour la raison autrement que grâce à ses tentatives personnelles (qu’il faut être libre de pouvoir effectuer. (…) Eriger en...

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« Corps de civilisés et âme de barbares? » Herman Melville

Laissons de côté le lieu commun national tant débattu, à savoir si, oui ou non,
il faut laisser de telles multitudes d’étrangers pauvres venir atterrir sur nos
rivages américains; laissons-le de côté, mais avec cette pensée que, s’ils ont
pu arriver jusqu’ici, c’est qu’ils avaient la permission de Dieu de venir, même
s’ils apportent toute l’Irlande et sa misère avec eux.Car le monde tout entier
est le patrimoine du monde entier. Mais laissons tout cela, et voyons un peu
de quelle meilleure façon les émigrants peuvent venir ici, puisqu’ils y
viennent et qu’ils veulent y venir.

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« Pour tous le pain et la lumiere » Victor Hugo

A CEUX QU’ON FOULE AUX PIEDS

Oh ! je suis avec vous ! j’ai cette sombre joie.
Ceux qu’on accable, ceux qu’on frappe et qu’on foudroie
M’attirent ; je me sens leur frère ; je défends
Terrassés ceux que j’ai combattus triomphants ;
Je veux, car ce qui fait la nuit sur tous m’éclaire,
Oublier leur injure, oublier leur colère,
Et de quels noms de haine ils m’appelaient entre eux.
Je n’ai plus d’ennemis quand ils sont malheureux.
Mais surtout c’est le peuple, attendant son salaire,
Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
C’est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants
Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;

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Eugénie Grandet

« Charles était un enfant de Paris, habitué par les moeurs de Paris, par Annette elle-même, à tout calculer, déjà vieillard sous le masque du jeune homme. Il avait reçu l’épouvantable éducation de ce monde où, dans une soirée, il se commet en pensées, en paroles, plus de crimes que la justice n’en punit en cour d’assises, où les bons mots assassinent les plus grandes idées, où l’on ne passe pour fort qu’autant que l’on voit juste ; et là ; voir juste, c’est ne croire à rien, ni aux sentiments, ni aux hommes, ni même aux événements : on y fait de faux événements. Là, pour voir juste, il faut peser, chaque matin, la bourse d’un ami, savoir se mettre politiquement au-dessus de tout ce qui arrive ; provisoirement ne rien admirer, ni les oeuvres d’art, ni les nobles actions, et donner pour mobile à toute chose l’intérêt personnel. »   Eugénie Grandet. Honoré de Balzac.    

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