Vers un réseau francophone

L’investissement français et francophone (Ministères, ONG, associations, chercheurs, enseignants… ) dans l’éducation en situations d’urgence n’est hélas pas encore très développé. Et autant le dire, comme francophone, dans les groupes de travail de l’INEE, je me sens bien seule !
Un espoir cependant : à Dakar s’est tenu en juillet 2006 un séminaire de formation aux standards éducatifs de l’INEE et pour la première fois cette formation s’est déroulé en français (voir compte rendu ci-dessous). L’ensemble des participants a souligné la nécessité d’organiser rapidement un réseau francophone.

L’OIF (organisation internationale de la francophonie), présente à ma demande à ce séminaire, a décidé de s’impliquer dans l’organisation d’un tel réseau.

Objectifsprincipaux : traduction des documents, organisation de formations, mutualisation des expèriences, des réflexions, des ressources, développement de la recherche…

Rapide compte rendu du séminaire de Dakar :

C’est la première fois qu’un séminaire de formation aux standards est organisé en français, ce qui a supposé un travail en amont (traduction du manuel sur les normes minimales ainsi que des documents de formation (guide de formation pour les formateurs et manuel pour les formés) désormais disponibles en CD et sur le site internet de l’INEE).
A noter que le nombre de candidatures a été plus élevé que prévu et que seulement la moitié des personnes souhaitant bénéficier de cette formation a pu être retenue.
Principaux critères de  » recrutement  » : une expérience et une activité dans le domaine de l’éducation en situations d’urgence (coordonnateur, administrateur ou responsable de programmes et de projets, conseiller ou consultant en éducation), ainsi que des capacités et une expérience dans le domaine de formation puisque ce séminaire est une formation de formateurs et doit être repris par ses participants pour l’organisation de formations ultérieures, à destination notamment de fonctionnaires des ministères de l’éducation dans les différents pays ou des communautés concernées ou des intervenants de terrain.

27 personnes ont participé à ce séminaire (en plus des formateurs) venues des pays africains suivants : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Niger, République Démocratique du Congo, Sénégal, Tchad, Togo.

On remarquera qu’à l’exception du Ghana, tous ces pays appartiennent à l’espace francophone et à l’Organisation internationale de la Francophonie.

Ces personnes travaillent soit dans des agences onusiennes (UNICEF, UNESCO, PAM, HCR), soit dans des ONG (Plan, International rescue committee, Care international, Save the children, Catholic relief services, Norvegian refugee council, Oxfam, Christian children’s fund, World vision).

A noter que l’OIF, que j’ai, à plusieurs reprises, informée de l’activité de l’INEE et des enjeux de l’éducation en situations d’urgence, en rencontrant son directeur de l’éducation, ainsi que des collaborateurs du secrétaire général, a délégué à ce séminaire son responsable des programmes concernant l’éducation de base, M. Locha Emmanuel Mateso, venu de Paris.
Cette participation, appréciée pendant le séminaire, est aussi fructueuse pour l’avenir.

Je ne vais pas ici détailler la formation dispensée au cours des trois journées. Juste préciser qu’il s’agit d’une formation aux normes minimales pour l’éducation en situations d’urgence, normes qui établissement un cadre d’intervention, des repères, et établissent des guides de bonnes pratiques pour l’action et le traitement des différents problèmes à résoudre afin d’assurer, autant qu’il est possible, une éducation de qualité aux enfants et adolescents victimes de crises, de conflits, ou de catastrophes naturelles.

Ces normes portent sur quatre thématiques :  » accès à l’éducation et environnement d’apprentissage « ,  » Enseignement et apprentissage « ,  » Enseignants et autres personnels d’éducation « ,  » Politique éducative et coordination « . Aux normes spécifiques qui renvoient aux thématiques indiquées s’ajoutent des normes qui leur sont communes ( » participation communautaire  » et  » analyse « , déclinée en  » évaluation initiale « ,  » stratégie d’intervention « ,  » pilotage « ,  » évaluation « ).

La formation qui, repose à la fois sur une présentation théorique, des études de cas et des jeux de rôles, vise à ce que les participants comprennent les normes, se les approprient, les confrontent à leurs pratiques, les contextualisent, examinent comment elles peuvent être des outils d’analyse, d’action et d’évaluation.
Elle permet aussi aux participants d’échanger leurs expériences, de confronter leurs analyses et leur manière de conduire des projets, d’élaborer collectivement des réponses. Elle est donc à la fois mutualisation et renforcement des compétences dans un domaine complexe.

Ce séminaire de trois jours a confirmé que la perspective pour laquelle je plaide depuis un temps certain d’un réseau francophone autour de l’éducation en situations d’urgence est non seulement souhaitable mais aussi souhaitée et possible. Au delà des participants à ce séminaire qui ont montré leur désir qu’il soit mis en oeuvre, ce réseau pourrait intégrer d’autres adhérents de l’INEE, individuels ou organisationnels, (je cite à titre d’exemples  non limitatifs la MLF (Mission laïque française) et l’ADEA (Association pour le développement en Afrique).  L’OIF pourrait en être l’organisateur principal. Il pourrait aussi travailler avec des chercheurs, tels ceux qui participent au réseau ROCARE (réseau ouest et centre africain de recherche en éducation).

Par ailleurs, il serait bien que, sur la scène franco-française, la DRIC (Ministère de l’éducation nationale, de l’Enseignement et de la Recherche), la DGCID   (Ministère des Affaires étrangères) l’AFD (agence française pour le développement), le CIEP (centre international d’études pédagogiques) prennent davantage en compte cet enjeu de l’éducation en situations d’urgence ainsi que le travail qui s’effectue au sein de l’INEE et qui est désormais reconnu par de grandes organisations multilatérales et par les bailleurs
.

Cette francophonisation suppose des moyens pour assurer au moins :
* le bilinguisme du site internet de l’INEE,
* la traduction de tous les documents en français
* la publication en français du manuel des normes minimales (actuellement la version imprimée sous forme de manuel n’existe qu’en anglais)
* la participation de francophones à la future révision des normes
* l’organisation d’un second séminaire de formation de formateurs
* l’appui à la diffusion de la formation
* le développement de la recherche et la mutualisation des pratiques