A propos de la lutte contre le viol dans les années 70

Il faut se réjouir que FR3 ait récemment diffusé un téléfilm relatant le courage et la persévérance de deux femmes pour faire reconnaître par la justice qu’elles avaient été violées, donc victimes d’un crime passible d’une cour d’Assises.  Ces deux femmes, Anne et Araceli, jeunes à l’époque, ont dû en en effet se battre durant 4 ans, de 1974 à 1978, soutenues par des féministes et par l’avocate Gisèle Halimi pour aboutir à ce résultat, c’est-à-dire le jugement et la condamnation des 3 violeurs.

Cependant, contrairement à ce que ce téléfilm et le débat télévisé qui a suivi suggèrent, ce combat et ce procès ne sont pas les seuls exemples de lutte menée durant cette décennie 70 contre le viol ni à eux seuls la cause de la loi de 1980.

Celle-ci d’ailleurs, contrairement à ce qui est souvent affirmé, y compris par des auteurs se présentant comme historiens, ne criminalise pas le viol, car il l’était déjà dans la loi.

Le changement est autre : la loi de 1980 définit en effet le crime de viol, ce qui n’était pas le cas auparavant comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte ou surprise ». C’est un changement considérable qui donne un contenu précis au crime et ne laisse plus aux magistrats le soin de le faire en s’appuyant sur la jurisprudence ou leur appréciation personnelle.

Ce n’est pas que la seule action conduite par Anne Tonglet, Araceli Castellano et Gisèle Halimi qui ont permis d’en arriver là. C’est un enchaînement de luttes, surtout à partir du milieu des années 70, luttes du MLF et de différentes associations, manifestations de rues, de jour et de nuit, meetings, multitude de textes contre le viol, de livres, de reportages, d’entretiens et bien sûr aussi des procès à l’encontre de violeurs.

Si Gisèle Halimi a été l’avocate la plus médiatisée, comme on ne disait pas encore à l’époque, elle ne fut pas la seule à s’engager dans ce combat. D’autres furent aussi acharnées qu’elle et aussi maltraitées, pour avoir soutenu des femmes qui avaient osé porté plainte, pour avoir osé être partie civile devant une cour d’Assises, pour avoir voulu qu’en effet des violeurs soient jugés non pas pour coups et blessures mais pour crime. Il est nécessaire et juste de citer d’autres noms, notamment Monique Antoine, Josyane Moutet, Odile Dhavernas, Colette Auger.

Il faut les citer car il est faux et dangereux de penser qu’un seul ou une seule fait l’histoire.

Mais il est nécessaire aussi de rappeler que les opposants à ces campagnes, à cette exigence de tenir le viol pour ce qu’il est, un crime, et d’en passer pour ce faire par un procès d’Assises, ne furent pas que des beaufs sexistes et machos.

A gauche et surtout à l’extrême gauche nombreux furent ceux qui s’opposèrent vivement à cette stratégie, y voyant une caution apportée, pour reprendre le langage de l’époque, à « la justice bourgeoise ». Quand un patron comparaissait devant elle, quand un flic y était conduit pour avoir battu ou tué un immigré dans un commissariat, il s’agissait de la justice. Mais quand des féministes y plaidaient contre des violeurs, elles cautionnaient la « justice de classe », alimentaient la répression et l’idéologie sécuritaire. Pis elles risquaient de se faire complice du racisme car comment douter que la justice condamnerait plus rapidement et plus sévèrement un immigré, surtout d’origine maghrébine,  qu’un bon père de famille blanc et bien propre sur lui.

Ce genre de polémique n’est sans doute plus de saison, au moins à propos du viol, mais elle est reconduite sur d’autres enjeux.

En revanche, le viol est hélas toujours d’actualité, et toujours actuelle aussi la réticence de la part des victimes à dénoncer, à porter plainte, à s’engager dans ce qui reste un parcours médical, policier, judiciaire délicat et difficile. Et qui suscite encore trop souvent l’opprobre de la famille, ou des collègues, ou du quartier…

 

 

 

 

 

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