Martine Storti

« Corps de civilisés et âme de barbares? » Herman Melville

Laissons de côté le lieu commun national tant débattu, à savoir si, oui ou non,
il faut laisser de telles multitudes d’étrangers pauvres venir atterrir sur nos
rivages américains; laissons-le de côté, mais avec cette pensée que, s’ils ont
pu arriver jusqu’ici, c’est qu’ils avaient la permission de Dieu de venir, même
s’ils apportent toute l’Irlande et sa misère avec eux.Car le monde tout entier
est le patrimoine du monde entier. Mais laissons tout cela, et voyons un peu
de quelle meilleure façon les émigrants peuvent venir ici, puisqu’ils y
viennent et qu’ils veulent y venir.

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« Pour tous le pain et la lumiere » Victor Hugo

A CEUX QU’ON FOULE AUX PIEDS

Oh ! je suis avec vous ! j’ai cette sombre joie.
Ceux qu’on accable, ceux qu’on frappe et qu’on foudroie
M’attirent ; je me sens leur frère ; je défends
Terrassés ceux que j’ai combattus triomphants ;
Je veux, car ce qui fait la nuit sur tous m’éclaire,
Oublier leur injure, oublier leur colère,
Et de quels noms de haine ils m’appelaient entre eux.
Je n’ai plus d’ennemis quand ils sont malheureux.
Mais surtout c’est le peuple, attendant son salaire,
Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
C’est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants
Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;

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La déportation des enfants juifs du 20ème (17 octobre 2006)

Quel magnifique travail ! Avant d’utiliser ce qualificatif, j’ai hésité. Etait-il possible, avais-je le droit, d’user de ce mot pour saluer un ouvrage qui dit le malheur, la souffrance, la mort, la saloperie ? Mais il faut l’affirmer et le répèter, c’est un travail magnifique, soit un travail grand et remarquable et admirable que celui qui nourrit l’ouvrage collectif que le comité « Ecole de la rue de Tlemcen » vient de publier sous le titre « Se souvenir pour construire l’avenir. Ils habitaient notre quartier ». « Ils » c’est-à-dire les 1000 enfants du 20 ème arrondissement de Paris qui d’août 1942 à juillet 1944 ont été arrêtés, déportés et presque tous assassinés à Auschwitz. Plus de 1000 enfants du 20ème arrondissement de Paris soit près du dixième des enfants déportés de France, parce que nés Juifs. Peut être ne se souvient-on pas assez que 11000 enfants furent déportés de France, dont 8000 nés en France. Et sur ces 11000, 2000 avaient moins de 6 ans. Dans le 20ème, le plus jeune avait...

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Robert Redeker (5 octobre 2006)

J’ai signé l’une des pétitions de soutien à Robert Redeker, celle qui émane de Respublica. Je juge nécessaire de donner cette précision car à mes yeux, toutes les pétitions qui circulent sur le sujet ne se valent pas. Et même, dans la pétition de Respublica, certaines phrases me déplaisent. Quoi qu’il en soit, on aimerait bien qu’un soutien à Redeker ne soit pas taxé d’islamophobie. On aimerait aussi qu’une prise de distance avec le contenu de son article du Figaro et au-delà avec sa conception du rôle d’un intellectuel (telle qu’elle transparaît à travers certaines de ses  tribunes) ne soit pas considérée comme une caution apportée aux lanceurs de fatwa. S’il faut en effet soutenir inconditionnellement Redeker, compte tenu des menaces qui pèsent sur lui, (je suis d’accord avec ce que les pétitions et les divers textes parus sur le sujet disent quant à la laïcité, au droit de soumettre un texte religieux à la critique, au droit au non respect des religions etc.), j’estime...

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Eugénie Grandet

« Charles était un enfant de Paris, habitué par les moeurs de Paris, par Annette elle-même, à tout calculer, déjà vieillard sous le masque du jeune homme. Il avait reçu l’épouvantable éducation de ce monde où, dans une soirée, il se commet en pensées, en paroles, plus de crimes que la justice n’en punit en cour d’assises, où les bons mots assassinent les plus grandes idées, où l’on ne passe pour fort qu’autant que l’on voit juste ; et là ; voir juste, c’est ne croire à rien, ni aux sentiments, ni aux hommes, ni même aux événements : on y fait de faux événements. Là, pour voir juste, il faut peser, chaque matin, la bourse d’un ami, savoir se mettre politiquement au-dessus de tout ce qui arrive ; provisoirement ne rien admirer, ni les oeuvres d’art, ni les nobles actions, et donner pour mobile à toute chose l’intérêt personnel. »   Eugénie Grandet. Honoré de Balzac.    

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Ressources

La plupart des documents concernant l’éducation en situations d’urgence (études de cas, guides de bonnes pratiques, analyses de situations, travaux de recherche…) sont en anglais et peu traduits en français (sauf le manuel de l’INEE qui présente les standards éducatifs). D’où l’intérêt et l’urgence de la création d’un réseau francophone.

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Des french doctors aux french teachers!

J’ai remis au ministre de l’Education nationale, en mars 2005, un rapport de propositions pour la création d’un dispositif français permettant l’intervention éducative en situations de crise et de post-crise. Ce rapport est hélas resté sans suite. Je rends publics quelques constats et propositions qui peuvent donner des idées aux uns et aux autres, aux établissements scolaires, aux universités, aux rectorats, aux ministères, aux associations, aux collectivités territoriales, aux individus…   Extraits du rapport 1 L’éducation en situations d’urgence, de crise et de post-crise : une exigence qui a fait son chemin ASSOCIER LES MOTS EDUCATION? URGENCE? CRISE? N’EST-CE PAS PARADOXAL? L’éducation, par essence, ne suppose-t-elle pas la durée, la lenteur, la stabilité, la tranquillité et même un minimum de confort ? Et pourtant, combien d’enfants dans le monde, vont à l’école dans des conditions matérielles, sociales et psychologiques extrêmement difficiles et précaires ? Combien d’enfants aussi n’y vont pas et voudraient y aller ? Voudraient y aller car le désir d’école se manifeste et s’exprime...

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Quelques impressions d’Afghanistan 2002

Texte publié par la revue Drôle d’époque, numéro 11, automne 2002

Quand le comité de rédaction de  » Drôle d’époque  » m’a demandé un article sur mes missions en Afghanistan, précisant :  » 25 000 signes, pas plus « , j’ai d’abord pensé que c’était beaucoup. Mais dès que j’ai commencé à écrire, cela m’a paru très peu, en tout cas insuffisant, tant me submergeaient instant après instant de multiples souvenirs, de lieux, de visages, de choses vues, de moments vécus, d’impressions ressenties au cours de ces deux séjours en Afghanistan, le premier en janvier 2002, le second en mars.

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Années sida…Jours de février. 1993

Article publié dans le numéro de la revue Regards Printemps 1993 en hommage à Frank Arnal, mort du sida en janvier 1993

Vendredi 12 février
L’arrivée à Bedarieux, petite ville du département de l’Hérault, est assez sinistre. II est 13 heures.
II pleut. En cette saison et à cette heure, tout est fermé, les magasins, les cafés, les restaurants.
Personne dans les rues. Avec mon parapluie et mon petit cartable, je me sens très « hussarde de la République ».
C’est donc ça, être inspectrice générale de l’Education nationale, se retrouver dans une ville déserte, à la recherche d’un restaurant pour déjeuner avant d’aller inspecter un lycée professionnel.

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L’identité française 1985

Bien qu’il ait plus de vingt ans, le texte qui suit, présentation de l »ouvrage collectif, L’identité française (Editions Tierce. 1985) n’a hélas pas perdu de son actualité.

Paradoxe que cette fin de millénaire : la mondialisation des échanges économiques et des communications, la standardisation en cours des styles de vie, coexistent avec une formidable remontée de la quête des origines, de la recherche des racines. L’un, sans doute, explique l’autre. A l’homogène, on répond par les différences, à l’universel par les particularités. La télévision livre chaque jour et partout la totalité du monde – et son simulacre – , mais le monde, dans sa totalité, n’intéresse, au fond, personne. L’ailleurs, quand il devient visuellement quotidien, ne se rapproche pas, il s’éloigne. Sans perdre pour autant son caractère menaçant. II faut se protéger de ce lointain si proche, il faut retrouver ce proche qui s’éloigne. La peur de perdre, son territoire, sa personnalité, sa différence, son identité est partout. Et comme il y a peur, il y a surenchère.

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