Martine Storti

Royal, oui. La cour, non (7 avril)

Je fais partie des 150 qui ont signé l’appel à voter Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle qui a été publié le 1er mars dans le Nouvel Observateur. Je ne regrette rien. Je le resignerais aujourd’hui s’il le fallait. Je persiste en effet a penser qu’il faut voter pour la candidate socialiste dès le premier tour. Nous étions 150, il parait que nous sommes 20000. J’ai appris cela en allant l’autre soir à la réunion de soutien organisée à Paris, à la maison de l’Amérique latine. 22 signataires donnant leurs raisons de voter Ségolène Royal le 22 avril. Intervenants intelligents et de qualité (sociologue, historien, psychanalyste, écrivain, avocat, journaliste, mathématicien, économiste, juriste…), parité (11 hommes, 11 femmes). Assistance qui l’était tout autant… Comment dire ce malaise, ce mal être qui, au fil de la soirée, s’est emparé de moi et a fait qu’aux deux tiers de l’affaire, je suis partie ? Quelque chose de trop. En trop. Trop d’affirmations qu’avec Ségolène, tout serait différent, que la...

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La traversée du Golfe d’Aden (31 mars)

L’autre soir, sur FR3, diffusion, dans l’émission Thalassa, d’un reportage que je n’ose qualifier de magnifique. Et pourtant ce qualificatif convient, dans son sens de « remarquable », « admirable en son genre » pour reprendre la définition du Robert. Oui magnifique est ce documentaire qui relate la traversée du Golfe d’Aden par des hommes, des femmes et même des enfants venus d’Ethiopie et de Somalie et qui tentent de rejoindre les côtes du Yémen. Qui tentent sans toujours y parvenir puisque l’ONU avance le chiffre de 1200 réfugiés morts en 2005 dans le Golfe d’Aden. Traversée terrible, les corps accroupis, des jours et nuits, les corps sans possibilité de mouvement, d’étirement, les corps entassés, presque emboités les uns dans les autres tant la place est minime. Et puis la soif, la faim, les vomissements…Et puis les coups des passeurs, des coups de ceinture, les baffes pour empêcher toute vélleité de révolte, de rebellion, tant celle-ci pourtant serait possible, une centaine d’hommes d’un côté, quelques-uns de l’autre… Le réalisateur...

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Réfugiés W.H. Auden

Refugee Blues
W.H. Auden

(traduction : Francine Lacoue-Labarthe et Laurence.Kahn)

Disons que cette ville a dix millions d’âmes,
Certains vivent dans des demeures, d’autres vivent dans des terriers :
Pourtant il n’y a aucun endroit pour nous, mon amour, pourtant il n’y a aucun endroit pour nous.

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La voie Royal (7 mars)

Dans le contexte de l’actuelle socièté française, c’est-à-dire une socièté qui conserve encore, malgré des progrès non négligeables, des traits et des composantes misogynes, il est évident qu’une femme désirant être élue présidente de la République par le suffrage universel – je parle d’une femme le désirant vraiment et ne faisant pas seulement une candidature de témoignage – doit faire preuve d’une habileté stratégique particulière, spécifique, précisément parce qu’elle est une femme et qu’elle l’est dans une socièté où la différence homme/femme n’est pas seulement une différence mais une inégalité. Cette nécessité d’une stratégie spécifique, Ségolène Royal, qui a montré un culot inouï en osant se lancer dans cette candidature, l’a parfaitement et admirablement compris. Au moins deux mots résument sa stratégie : contourner et materner. Pour se faire désigner par le parti socialiste, pas d’autre manière que de le contourner pour s’appuyer sur l’opinion, les sondages, le médiatique. S’y serait-elle prise autrement – par le programme, le discours, l’appareil, la rigueur des analyses, la reconnaissance de...

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Petits plaisirs avec Alain Finkielkraut (3 mars 2007)

Ce qu’il y a d’épatant avec Alain Finkielkraut, c’est qu’on n’est jamais déçu. Jamais surpris non plus. On a bien, en effet, le spectacle auquel on s’attendait. Sans doute est-ce la raison de l'affection constamment renouvelée que lui accorde la scène médiatique. La semaine qui vient de s’écouler nous l’a derechef offert, au moins à travers deux émissions de télévision (il y en a peut être eu d’autres, pour ma part je me suis délectée de Ripostes sur France 5 le dimanche 25 février et de la bien nommée Esprits libres, sur France 2 le vendredi 2 mars.) Mine tourmentée, épaules écrasées par la mission qui est la sienne, délivrer le monde de sa bêtise, le ramener dans le droit chemin, je n’ose pas dire l’ordre juste, car j’aurais ainsi l’air de l’embarquer du côté de Royal (ce qui serait un crime de lèse-majesté), agacement et parfois même exaspération quand les autres parlent, sauf s’ils sont de part en part d’accord avec lui (non, j’exagère, même...

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Chansons de l’étranger. Edmond Jabès

Edmond Jabès : extraits de Je bâtis ma demeure
Gallimard, 1975

CHANSON DE L’ÉTRANGER

Je suis à la recherche d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.
A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps ?

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Ne pose pas ton livre encore… Bertolt Brecht

GÎTES POUR LA NUIT    On me dit qu’à New-York À l’angle de la 26è rue et de Broadway Un homme chaque soir se tient les mois d’hiver : Il procure aux sans-abri qui se rassemblent là Un gîte pour la nuit, qu’il demande aux passants. Le monde n’en est pas changé pour autant Les rapports entre les hommes n’en deviennent pas meilleurs L’ère de l’exploitation n’est pas abrégée pour autant Mais quelques hommes ont un gîte pour la nuit : Le vent toute une nuit sur eux ne soufflera La neige qui était pour eux tombera dans la rue. Ne pose pas ton livre encore, homme qui lis ces phrases. Quelques-uns sont pourvus d’un gîte pour la nuit Le vent toute une nuit sur eux ne soufflera La neige qui était pour eux tombera dans la rue : Mais le monde n’en est pas changé pour autant Les rapports entre les hommes n’en deviennent pas meilleurs L’ère de l’exploitation n’est pas abrégée pour autant.    Bertolt BRECHT,...

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De Mao à Sarko, c’est extra (2 février)

Alain Minc, l’autre matin, sur France-culture nous a informé qu’il aurait voté pour Dominique Strauss-Khan s’il avait été le candidat du parti socialiste mais puisqu’il ne l’est pas, il votera pour Nicolas Sarkozy. Dans la foulée, il nous a fait part de sa détestation de la démocratie participative, nous a doctement expliqué que les citoyens ne détenaient aucune expertise, raison pour laquelle seule la démocratie représentative était défendable. Venant de quelqu’un qui a dit au cours des années une chose et son contraire et s’est trompé à peu près sur tout, on est rassuré quant à la qualité de son expertise.   André Glucksmann, lui, rêvait d’une candidature de Bernard Kouchner. Mais comme ce n’est pas le cas, il votera Sarkozy. Evidemment, j’ai tout de suite pensé : « de Mao à Sarko, la longue marche ». Mais le Canard enchaîné m’a devancée. J’ai une position de repli : « de Mao à Sarko, la voie royale !» Est-ce qu’on a envie de démonter phrase après phrase la tribune que Glucksmann...

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Pascal Sevran, Jack Lang, parti socialiste (18janvier 2007)

Pascal Sevran a beaucoup d’amis, des amis chers, qui prennent la peine, dans Libération du jeudi 11 janvier, de dire qu’il n’est pas raciste. Nommons-les, pour le plaisir : Christian Authier, Philippe Besson, Christine Clerc, Benoît Duteurtre, France Gall, Christophe Girard, Roger Hanin, Frédéric Mitterrand, Renaud, Thierry Séchan, Denis Tillinac. On appréciera la qualité et la diversité.   Dans Le Monde du 10 janvier, Jack Lang, qui, lui aussi, très vite, en décembre 2006, avait tenu a déclaré son amitié pour P.S., déclare que ses interrogations sur Ségolène, avant son ralliement, portait sur sa « sensibilité particulière aux enquêtes d’opinion, ou à l’opinion.» Nul n’ignore en effet que l’ex ministre de la culture, l’ex ministre de l’éducation nationale a, lui, toujours été indifférent à ce genre de considérations ! Dans Le Monde des 14/15 janvier, on peut lire un court article de Robert Kemp, publié dans Le Monde du 16 janvier 1957, à propos d’une lecture de Mon Faust Paul Valéry faite par de jeunes comédiens au Théâtre...

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