Martine Storti

Chansons de l’étranger. Edmond Jabès

Edmond Jabès : extraits de Je bâtis ma demeure
Gallimard, 1975

CHANSON DE L’ÉTRANGER

Je suis à la recherche d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.
A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps ?

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Ne pose pas ton livre encore… Bertolt Brecht

GÎTES POUR LA NUIT    On me dit qu’à New-York À l’angle de la 26è rue et de Broadway Un homme chaque soir se tient les mois d’hiver : Il procure aux sans-abri qui se rassemblent là Un gîte pour la nuit, qu’il demande aux passants. Le monde n’en est pas changé pour autant Les rapports entre les hommes n’en deviennent pas meilleurs L’ère de l’exploitation n’est pas abrégée pour autant Mais quelques hommes ont un gîte pour la nuit : Le vent toute une nuit sur eux ne soufflera La neige qui était pour eux tombera dans la rue. Ne pose pas ton livre encore, homme qui lis ces phrases. Quelques-uns sont pourvus d’un gîte pour la nuit Le vent toute une nuit sur eux ne soufflera La neige qui était pour eux tombera dans la rue : Mais le monde n’en est pas changé pour autant Les rapports entre les hommes n’en deviennent pas meilleurs L’ère de l’exploitation n’est pas abrégée pour autant.    Bertolt BRECHT,...

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De Mao à Sarko, c’est extra (2 février)

Alain Minc, l’autre matin, sur France-culture nous a informé qu’il aurait voté pour Dominique Strauss-Khan s’il avait été le candidat du parti socialiste mais puisqu’il ne l’est pas, il votera pour Nicolas Sarkozy. Dans la foulée, il nous a fait part de sa détestation de la démocratie participative, nous a doctement expliqué que les citoyens ne détenaient aucune expertise, raison pour laquelle seule la démocratie représentative était défendable. Venant de quelqu’un qui a dit au cours des années une chose et son contraire et s’est trompé à peu près sur tout, on est rassuré quant à la qualité de son expertise.   André Glucksmann, lui, rêvait d’une candidature de Bernard Kouchner. Mais comme ce n’est pas le cas, il votera Sarkozy. Evidemment, j’ai tout de suite pensé : « de Mao à Sarko, la longue marche ». Mais le Canard enchaîné m’a devancée. J’ai une position de repli : « de Mao à Sarko, la voie royale !» Est-ce qu’on a envie de démonter phrase après phrase la tribune que Glucksmann...

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Pascal Sevran, Jack Lang, parti socialiste (18janvier 2007)

Pascal Sevran a beaucoup d’amis, des amis chers, qui prennent la peine, dans Libération du jeudi 11 janvier, de dire qu’il n’est pas raciste. Nommons-les, pour le plaisir : Christian Authier, Philippe Besson, Christine Clerc, Benoît Duteurtre, France Gall, Christophe Girard, Roger Hanin, Frédéric Mitterrand, Renaud, Thierry Séchan, Denis Tillinac. On appréciera la qualité et la diversité.   Dans Le Monde du 10 janvier, Jack Lang, qui, lui aussi, très vite, en décembre 2006, avait tenu a déclaré son amitié pour P.S., déclare que ses interrogations sur Ségolène, avant son ralliement, portait sur sa « sensibilité particulière aux enquêtes d’opinion, ou à l’opinion.» Nul n’ignore en effet que l’ex ministre de la culture, l’ex ministre de l’éducation nationale a, lui, toujours été indifférent à ce genre de considérations ! Dans Le Monde des 14/15 janvier, on peut lire un court article de Robert Kemp, publié dans Le Monde du 16 janvier 1957, à propos d’une lecture de Mon Faust Paul Valéry faite par de jeunes comédiens au Théâtre...

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Dans les derniers jours de 2006 (scène française)

Donc Johnny Halliday estime qu’il paye trop d’impôts en France et après avoir tenté de devenir belge, il décide de s’installer en Suisse (après certains autres, il faut le rappeler). A ce sujet, tribune intéressante dans Le Monde du 23 décembre. Bruno Kern, avocat, y souligne que mister Hallyday ne crache pourtant pas sur l’argent public puisqu’il lui est arrivé de faire financer ses tournées par les collectivités territoriales. Ainsi les fans de Johnny payaient deux fois : une fois comme contribuable, une fois comme spectateur.  Pascal Sevran, lui, comme Johnny rallié à Sarkozy (après avoir été d’une mitterrandolâtrie dégoulinante) juge que "la bite des noirs est responsable de la famine en Afrique" et que «  l'Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète!". Articles, commentaires, scandaleux, raciste etc. Oui, tout cela a été dit, souligné, répété, puis oublié,...

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Kant : pour apprendre la liberté il faut être libre

J’avoue ne pas pouvoir me faire très bien à cette expression dont usent aussi des hommes sensés : un certain peuple (en train d’élaborer sa liberté légale) n’est pas mûr pour la liberté ; les serfs d’un propriétaire terrien ne sont pas encore mûrs pour la liberté ; et de même aussi les hommes ne sont pas encore mûrs pour la liberté de conscience. Dans une hypothèse de ce genre la liberté ne se produira jamais ; car on ne peut mûrir pour la liberté, si l’on n’a pas été mis au préalable en liberté (il faut être libre pour pouvoir se servir utilement de ses forces pour la liberté). Les premiers essais en seront sans doute grossiers et liés d’ordinaire à une condition plus pénible et plus dangereuse que lorsque l’on se trouvait encore sous les ordres, mais aussi confié aux soins d’autrui ; cependant jamais on ne mûrit pour la raison autrement que grâce à ses tentatives personnelles (qu’il faut être libre de pouvoir effectuer. (…) Eriger en...

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Royal, vidéo, 35 heures : touchez pas aux profs (14 novembre 2006)

La vidéo diffusée mais qui n’aurait pas dû l’être, si l’on a bien compris, de Ségolène Royal expliquant devant des militants socialistes quelque chose qu’elle pense mais qu’elle ne veut pas crier sur les toits, par peur de représailles syndicales, à savoir la nécessité de faire rester les professeurs – du moins ceux du collège – 35 heures dans leur établissement est évidemment un épisode qui n’est pas sans intérêt et à propos duquel je m’autorise à mettre mon grain de sel avec quelques remarques qui, je le sais, vont déplaire à tous, pour des raisons souvent opposées d’ailleurs ( mais il faut savoir vivre dangereusement !) :             1) La diffusion de cette vidéo, tronquée, on le sait maintenant (et dans les temps anciens on aurait dit « citation coupée de son contexte ») montre que les petits camarades ne mégotent pas sur la manière de se glisser des peaux de banane sous les pieds, ce qui nous laisse deviner la nature du rassemblement annoncé des socialistes, une fois...

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La démocratie d’opinion, cette gueuse (28 octobre)

A écouter ou lire certains commentateurs, une grave menace pèse aujourd’hui sur la France, une très grave menace, peut être même la plus grave, celle de la démocratie d’opinion. Pas une seule journée sans qu’ici ou là, à droite et à gauche, on nous explique qu’il y a, à droite et à gauche, des gens qui veulent la faire règner et ce faisant mettre en péril la République française, faire le lit de l’extrême droite, sombrer dans le populisme, se vautrer dans la démagogie etc. J’avoue ma perplexité. Démocratie d’opinion, dit-on. Mais n’est-ce pas un pléonasme ? La démocratie n’est-elle pas toujours d’opinion ? Dès lors en effet que c’est du peuple et d’un vote populaire qu’émane le pouvoir politique, n’érige-t-on pas, par principe en quelque sorte, l’opinion en fondement de la légalité et de la légitimité. Par ailleurs n’apprécie-t-on pas la démocratie, précisément parce qu’elle rend possible l’expression et la confrontation des opinions ? Bien sûr j’ai parfaitement compris qu’en vilipendant la démocratie d’opinion, ce n’est pas...

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